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Disparition des sorcières et inutilité du féminisme chez les Bisounours

Faire disparaître sorcières et féminisme. Est-ce l’ouverture de la chasse ? Non. J’ai écrit « disparaître ». S’éteindre juste, comme les cendres de combats obsolètes. Rejet des différences, patriarcat écrasant, peur des pouvoirs que portent en elles les femmes. Et la sorcière, icone féministe brûlant d’un ardent feu intérieur, ou sur de sordides bûchers en place publique. Alors tout est bon pour brimer, mépriser, abuser, moquer, dominer. Or, ce qui n’est pas bafoué ne nécessite aucune défense. Au pays magique des Bisounours le mot féminisme n’existe pas : on ne répond pas à une question qui ne se pose pas.

Enfin, presque pas. Transit littéraire avant de passer la frontière arc-en-ciel.

Sorcières, salopes, féministes
Sorcières : la puissance invaincue des femmes
Le complexe de la sorcière

« Quand on est pas féministe, c’est qu’on est sexiste »

Elle a 13 ans et me surprend par la pertinence de sa synthétique remarque. Choisir un camp, voilà ce qu’elle évoque. L’impossible neutralité et ses conséquences.


Le féminisme et les Bisounours

Définition : féminisme (CNRTL) « Mouvement social qui a pour objet l’émancipation de la femme, l’extension de ses droits en vue d’égaliser son statut avec celui de l’homme, en particulier dans le domaine juridique, politique, économique ; doctrine, idéologie correspondante. »

Postulat : qu’une égalité et des droits soient à défendre suppose qu’ils aient été malmenés.

Anthropologie bisounoursienne : un problème qui n’existe pas n’exige aucune solution / combat / défense. De quoi parlez-vous ?

Conclusion : l’absence de sujet fait disparaître la quête. De même, l’absence de racisme soustrait l’anti-racisme, le respect -des droits des uns et des autres, de l’autre- dissout la problématique.

Constat : le sujet étant malgré tout présent, doit-on :

  • prendre illico presto la pilule arc-en-ciel pour s’envoler dans le doux pays susnommé ?
  • être, ou ne pas être, féministe ?

Ce qu’elle me dit là en définitive, c’est qu’en étant pas « pro » féminisme, on est par nécessité « contre » : a minima complice et avocat du diable qui porte atteinte aux droits, au respect, à l’intégrité. Le principe du « qui ne dit mot consent » et sa validation plus ou moins silencieuse.

Faites taire la sorcière

Etre ou ne pas être féministe

La question est en réalité mal posée : la normalité patriarcalement acquise des injustices, violences physiques ou psychologiques, mauvais traitements, inégalités, soumissions, ne devrait pas en être une (postulat bisounoursien). Du rapport de forces qu’elle induit émerge nécessairement la riposte féministe de basculement. La question, en réalité, ne devrait pas se poser.

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Le patriarcat en archaïsme dénué de conscience, en agrégat nauséabond hérité d’une manière égotique d’user de l’intelligence. Une autolyse d’elle-même déterminée par son usage réflexe (et non réflexif au sens de « réflexion se prenant elle-même pour objet; propriété consistant à pouvoir réfléchir sur soi-même« , TILF). Par là-même, celle-ci (l’intelligence) perd sa substance, devient l’outil mécaniquement servile de mécanismes hérités, non conscients, non perceptifs, déconnectés de la polarité sensible de l’homme au profit exacerbé de valeurs dites masculines.

Tu ne vas pas sortir comme ça ? Le chyme indigeste d’une société malade, justifiant le remède des dénonciations, des interventions aussi musclées que les musellements qu’elles dénoncent, une force de vie brisant les chaînes, vomissant les abus, expurgeant ses poisons.

Le féminisme n’a par conséquent pas d’autre choix que celui d’exister en contre-force de rééquilibrage.


Féminisme et physique des forces

La physique des forces modélise la nécessaire intensité des actions féministes dans sa volonté de rétablir l’égalité.

Les lois et principes physiques : forces et contraintes

L’action exercée par chacun des corps sur l’autre est appelée force, et par ailleurs :

La troisième loi de Newton est le principe de l’action et de la réaction. Si un corps A exerce une force sur un corps B, alors B exerce sur A une force d’égale intensité, de même direction et de sens opposé.

© Larousse 2006

Ainsi, une force est une action qui peut mettre un corps en mouvement, modifier son mouvement ou encore le déformer. Elle contribue soit à l’équilibre du système, soit à la déformation du système en équilibre ou non. Appliquée à un matériau elle est confrontée au seuil de résistance de celui-ci, c’est à dire la force maximale que le matériau peut supporter avant une déformation apparente ou non. En d’autres termes, la force exerce une contrainte sur le matériau. Si la contrainte dépasse le seuil de résistance du matériau alors ce dernier se rompt : cet effet est appelé rupture.


Application du principe de contrainte aux sorcières et au féminisme

Le féminisme pourrait donc être lu comme une réaction à une action, celle d’une force dont la contrainte sur le matériau dépasse le seuil de résistance et déforme l’équilibre du système, le menant au point de rupture. L’activisme est alors la force déterminant l’inversion, l’impulsion d’un mouvement contraire : la direction est opposée et l’intensité accentuée dans le seul but d’opérer un renversement de la tendance puis d’approcher l’état d’équilibre, d’égalité, entre des forces opposées.

Philosophiquement, l’équilibre est par définition impermanent, instable. L’homéostasie un objectif non figé mais capable d’ajuster, d’adapter les forces en présence de manière à se maintenir. La force de la réaction opposée s’amenuise donc à l’approche de ce point d’équilibre, comme tombe la fièvre née pour défendre le corps de l’intrus.

On peut ainsi se demander quelles sont ces forces qui s’opposent : historiquement, sorcières et féminisme sont liés. En effet, la sorcière est devenue icone féministe pour être face depuis longtemps à ses chasseurs.


Sorcières et féminisme : le lien de l’inquisiteur

« Elle naît fée« , écrit pourtant l’historien Jules Michelet. Comment, à quel moment, pourquoi, a t-elle dû endosser l’armure de sa propre défense ?

Le marteau des sorcières : le bréviaire des inquisiteurs

La sorcière, icone féministe malgré elle

En vrac le lexique pose le décor du terreau toxique : corruption, fanatisme, religion, intolérance, persécutions, massacres, inquisition, crime. Peur et soif de pouvoir, déploiement et usage d’une force qui n’en est pourtant pas une pour user de domination, de terreur et de soumission. Ces femmes qui effraient entre force intérieure et pouvoir de guérison, irrationnel pourtant fonctionnel, illogisme intuitif contre rationalisme. Un peu d’histoire :

La sorcière, Jules Michelet

« La Sorcière de Jules Michelet est l’un des plus beaux essais écrits sur ces femmes tout à la fois fascinantes, maléfiques, séduisantes et dangereuses. Ce chef-d’œuvre de la littérature française, à la sensualité toute inattendue, se lit comme un roman plein d’intrigues. Michelet en grand historien y décrit la corruption de la société, l’idéalisme religieux, les mœurs de l’époque féodale du Moyen Âge… Il explore, de manière intéressante, la psychologie de cette période où le fanatisme et l’intolérance ont conduit à de multiples procès en sorcellerie, à des persécutions récurrentes à l’encontre des femmes ainsi qu’à de nombreux massacres de masse.

Ce livre peut se voir comme un écrit proto-féministe. Au-delà de l’hommage romantique fait aux femmes, Michelet tend, avec ce texte magistral, à leur rendre justice face aux abominables crimes qu’elles ont subis lors de l’Inquisition. »


Et pourtant, elle naît fée…

EXTRAIT: Nature les a fait sorcières. – C’est le génie propre à la Femme et son tempérament. Elle naît Fée. Par le retour régulier de l’exaltation, elle est Sibylle. Par l’amour, elle est Magicienne. Par sa finesse, sa malice (souvent fantasque et bienfaisante), elle est Sorcière, et fait le sort, du moins endort, trompe les maux.

(…) Simple et touchant commencement des religions et des sciences ! Plus tard, tout se divisera; on verra commencer l’homme spécial, jongleur, astrologue ou prophète, nécromancien, prêtre, médecin. Mais au début, la Femme est tout.

Jules Michelet. La Sorciere.

La figure de la sorcière, malmenée, pourchassée, décriée, rejetée ou persécutée, devient par conséquent victime face au bourreau.


Sorcières et féminisme dans le triangle de Karpman

Victime, la sorcière l’est-elle réellement ? Assurément. Mais de quoi, sinon de l’ignorance, de soif de pouvoir, de peurs irrationnelles et d’egos déséquilibrés ? Pourquoi l’inquisiteur s’est-il intéressé à elle plutôt qu’à la couturière ?

La victime et le bourreau

Car la sorcière intrigue, fait peur, questionne : libre, non maîtrisable, elle a contacté en elle ces forces d’intuition, la Connaissance des Mystères, la conscience du tout. Là où le bourreau, avide de les acquérir, a échoué, et échouera tant que porté par envie-envieuse et volonté de domination. Ce qu’il cherche à posséder lui échappe, il va donc soumettre par la force, contraindre ce qu’il ne comprend pas. Manger alors la lumière qu’il ne sait pas faire naître, contrôler le feu par le bûcher puisqu’il ne sait l’alchimiser. Sorcières et féminisme répond à cette attaque sur l’intégrité, la liberté, les droits et l’égalité des femmes : reconnaître dons et place de chacun offrirait pourtant au bourreau l’élévation qu’il quête, et par là-même liberté et pouvoir véritable. Faut-il lui révéler que sa puissance émergera de ce qu’il redoute ?

Dans Mon école sorcière, le livre Le complexe de la sorcière vient ainsi éclairer ce lien toxique que décrit le triangle de Karpman : bourreau, victime, sauveur.

Je sors du jeu victime, bourreau, sauveur
le triangle dramatique : de la manipulation à la compassion
Déjouer les pièges de la mauvaise foi et de la manipulation avec le triangle de Karpman

Le complexe de la sorcière et la figure du bourreau

Ca pourrait être une histoire de sorcières et féminisme, au sens où on l’imagine. Chapeau pointu ou fantasme de magie. Mais Le complexe de la sorcière jointe subtilement les propos précédents avec la vie de femme ordinaire de l’auteure : blessures d’enfances, rejet, différence, féminité, relations. Simplement, ses jours de cette façon relus et reliés aux mémoires sorcières, où comment par une sorte de capillarité temporelle les persécutions transpirent et imprègnent, façonnent et détournent les rapports entre les hommes et les femmes.

Bourreaux les uns, victimes les unes, semblablement assaillis de mémoires inconsciemment portées et reportées sur l’autre.

– L’inquisiteur, c’est bien le type psychorigide qui veut mettre de l’ordre dans ta vie ? dit Betty.

(…) Moi, je crois que l’inquisiteur, l’esprit de l’inquisiteur voyage sous différentes identités, qu’il peut emprunter différents masques, qu’il a quelque chose de rusé. Tantôt je le vois comme un fanatique, tantôt comme un galant homme. C’est un visage auquel on ne pense pas, celui du séducteur, celui de l’homme de cour.

Et, la sorcière apparaît, présence en filigrane qui devient en somme une obsession, celle de résoudre l’énigme, mettre en abîme les événements qui semblent les plus insignifiants via la Grande Histoire. Alors, elle décrit la sorcière ainsi :

Une thérapeute voyageant dans le temps, telle est la sorcière. A moins qu’elle ne soit la messagère de toutes les femmes chassées. Ou la gardienne de cette porte, où notre identité s’ouvre comme une brèche.

– Au fond, tu ne sais pas du tout qui je suis.


Sorcières et féminisme : Ce que veut la sorcière, ce que réclame le féminisme

sorcières et féminisme : livre le complexe de la sorciere
livre mon école sorcière

Enfin, saisir le possible autre voyage : la réconciliation. A lire et transposer à vos lignes, hommes, femmes, pour que celles-ci prophétisent :

Les sorcières aspirent à la réconciliation. Elles aspirent à ce que nous parlions d’elles, de ces parts blessées et mystérieuses de nous-mêmes, aux hommes que nous aimons. Alors eux aussi nous révéleront des choses que nous ignorons.

Le complexe de la sorcière

En définitive, parler, révéler, déposer, harmoniser de part et d’autre. Déjouer les peurs héritées, jeter les vieux costumes, main dans la main : un féminisme qui n’est pas contre l’homme mais pour la réconciliation. In fine, un véritable partenariat des forces en jeu.


De la sorcière à la femme, de l’inquisiteur à l’homme : vers le partenariat

Faire disparaître sorcières et féminisme serait en fin de compte la concrétisation bisounoursienne de cette association : une forme d’application de l’équilibre Yin Yang des forces de vie de chacun, le duo funambule chaperonné par le respect. Car c’est justement lui le grand absent, le manquant à l’appel qui dégénère les choses.

Peurs et division versus complémentarité des forces

Des voix mâles s’élèvent, souffrantes des cuirasses héritées ou rebelles à les porter, et se joignent aux femmes. En effet, le féminisme n’est pas une affaire de femmes, mais un rapport de forces dont pâtissent également nombre d’hommes. Ils dénoncent les masques qu’ils peinent à porter, les larmes interdites, les exigences-fardeau imposées à leur polarité.

Or, il y a du Yin dans le Yang et du Yang dans le Yin. L’équilibre du monde selon ce principe relève d’une danse impermanente et complémentaire entre des qualités que l’occident qualifiera de féminines ou masculines, divisant ainsi là où elles s’entremêlent en chacun.


Le féminisme, levier de libération de l’homme

Comment empêcher les hommes de bafouer les droits des femmes ? En matière d’égalité entre les sexes, qu’est-ce qu’un  » mec bien  » ? Il est urgent aujourd’hui de définir une morale du masculin pour toutes les sphères sociales : famille, entreprise, religion, politique, ville, sexualité, langage. Parce que la justice de genre est l’une des conditions de la démocratie, nous avons besoin d‘inventer de nouvelles masculinités : des hommes égalitaires, en rupture avec le patriarcat, épris de respect plus que de pouvoir. Juste des hommes, mais des hommes justes.

Des hommes justes – Du patriarcat aux nouvelles masculinités
le guide du féminisme pour les hommes et par les hommes
tu seras un homme féministe mon fils
des hommes justes : du patriarcat aux nouvelles masculinités

Humanisme sensible et conscient chez les Bisounours

Alors, où est l’ennemi ? Peut-être dans la division qui fait régner l’ego, et à travers lui les peurs. On dit qu’il n’y a que deux choix, la peur ou l’amour. L’inquisiteur en chacun pourrait être la première, son médecin le second. Finalement, le bourreau serait peureux, impuissant à mettre en lumière son être, projetant au-dehors ses incapacités. L’ennemi de sa propre conscience. Le féminisme, un tiroir de l’armoire humaniste dont le titre veille au respect et à l’élévation, un sursaut de victimes quérant la liberté. L’un et l’autre ne seraient ni sexués.

Sorcières et féminisme pourraient n’être que des leviers bombardant la nécessaire ouverture de champs de conscience, des alertes au déséquilibre pathologique visant à la guérison de chacun, et par là-même du monde. On est quand même chez les Bisounours.


La sorcière ne me hante plus. Sans doute ai-je répondu à sa question, sans doute a-t-elle répondu à la mienne.

Le complexe de la sorcière.

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1 commentaire

  1. […] amours, féminisme et rapport aux femmes, spiritualité et découverte de lui-même, il évoque avec pudeur et émotion […]

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Livre Mon école sorcière